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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/142

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Écraseriez Doudun et cette élite obscure,

Leur demandant l’audace et les piquant d’injure,

Ne les méprisez pas, ces frères de vertu

Qui vous laissent l’arène et le lot combattu !

Si dans l’ombre et la paix leur cœur timide habite,

Si le sillon pour eux est celui qu’on évite,

Que guerres et périls s’en viennent les saisir,

Ils ont chef Catinat, le héros sans désir !

Je ne suis point sans désir, moi, et je désirerais fort que M. Sainte-Beuve n’eût pas écrit des vers pareils, et presque tout un volume, car ils embarrassent terriblement l’admiration qu’il a souvent excitée en moi et que je voudrais lui continuer toujours. Tel est, sauf de très-rares exceptions, le style ordinaire des Pensées d’août, qui déshonorerait de la prose. Les exceptions y sont ; voyez, par exemple, ce marbre ailé, dédié à David d’Angers, sur un de ses ouvrages, Le Joueur d’orgue, quelques Sonnets vigoureusement frappés, etc. : mais il faut les chercher à travers une langue et une inspiration si laborieuses que je ne pense pas que M. Sainte-Beuve puisse publier, sans retouche, cette œuvre, fausse à force de recherche, des Pensées d’août !

N’oublions pas que c’est à la première ligne de ce recueil qu’on trouve ces fameux coteaux modérés, qui ont fait un bruit si gai dans le temps et sur lesquels, depuis ce temps-là, on voit toujours un peu M. Sainte-Beuve. Il est resté le Stator du coteau modéré, le Stylite, sans danger, de cette innocente colonnette.

Sans danger ? Non pas ! Ce serait se tromper, si on le disait, quand on y regarde. Le « coteau modéré » sur lequel se tient M. Sainte-Beuve, à mi-côte de