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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/133

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cœur appelant à grands cris l’amour, l’amour qui nous soulèverait de cette morne vie, et qui ne vient pas ! Ainsi dans Épode, qui est la tristesse furieuse de l’âme qui ne trouve pas le bonheur ou elle l’a cru, dans la caresse. Ainsi dans le sonnet :

Sous les derniers soleils de l’automne avancée,

où je reconnais le Joseph Delorme à l’ardeur physique des derniers vers, à ces fermentations d’un matérialisme que l’Imagination colore… Mais en ces pièces nouvelles, ce qui rappelle et ressuscite, pour une minute, l’ancien Joseph Delorme est fort rare, dans cette proportion du moins. Non ! ce qui domine ici, ce sont des inspirations de parti pris, des inspirations choisies, épousées, voulues bien plutôt que subies, ressenties, et involontaires ! Pour ma part, je ne puis accepter toute celle poésie qu’on fait pour les autres et au nom des autres, et qui ne sort pas saignante ou fleurie de sentiments personnels ! M. Sainte-Beuve a fait une foule de vers au nom de ses amis : M. Auguste Desplaces, M. Ulric Guttinguer, et le cher Marmier. Il prête sa rhétorique à ces messieurs, parce que cela peut se prêter, de la rhétorique ! Mais la poésie ! Mais la Muse ! On ne la prête pas plus que la femme qu’on aime !

A quelques places de ces pièces que nous vous signalons comme des exercices d’obligeance, ou même dans celles-là que M. Sainte-Beuve a intitulées Reprise, comme si on se reprenait jamais quand on s’est une fois abandonné ! on sent que le lettré avec ses imitations et importations de littérature étrangère, — que