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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/126

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Les flambeaux pâlissaient, le bal allait finir,

Et les mères disaient qu’il fallait s’en venir…

où le néant de la vie se met à sonner tout à coup, dans ces deux poitrines rapprochées qui étouffent de la valse et du bonheur de se toucher, ce glas funèbre :

… Ah ! je te le promets,

Ces cinq minutes là ne reviendront jamais !

Dans Après une lecture d’Adolphe, que j’aime déjà moins, car cette pièce est teintée d’André Chénier, et l’auteur, d’ordinaire si sincère, y est si peu sûr de sa sincérité qu’il se croit obligé dans une note de se suspecter d’ironie, dans La Plaine, et, pour finir, dans Rose ! Rose, ce suave pastel qui est la cruauté dans la volupté, puisque Joseph Delorme, pour la première fois, s’y fait moraliste pour être cruel !

Voilà toutes les perles de cet écrin ! Et perles est bien le mot, car la perle ne jette pas de rayons ; elle n’a que des nuances lactées, rêveuses, berçantes, qui s’endorment ou s’éteignent, et elle jaunit aussi, comme si elle s’ennuyait de la vie, cette substance mystérieuse qui est, dit-on, malade, et qui doit sa plus grande beauté à la maladie ! J’ai voulu toutes les compter et dire nettement et incompatiblement : Voilà le véritable Joseph Delorme, et par là en marquer les limites, en désignant chaque pièce par son titre. Ce n’est pas long, comme vous voyez ! et je ne dirai pas que c’est exquis, mais c’est quelque chose, de tel nom qu’on le nomme, avec quoi on peut aller très-bien à l’immortalité !