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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/121

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M. Sainte-Beuve une unité de substance poétique, un effet d’ensemble dans le sentiment et la couleur, tout-puissant sur l’imagination, puisqu’il la frappe toujours à la même place, et bien préférable à une discordante variété. Sans doute, le livre aurait par là beaucoup perdu de son étendue, car, il faut bien le dire et avec regret, les morceaux de la première inspiration sont très-nombreux.

Le croira-t-on ? Le vrai Joseph Delorme ne commence qu’à la quinzième pièce du volume (et il y en a cinquante-six en tout) ; il ne se révèle pour la première fois que dans celle-là que le poète a intitulée Bonheur champêtre, et dans laquelle pourtant le vieux lyrisme du moment, jeune alors, mais connu, usé, poncif à présent, et qui retentissait en métaphores sur la lyre des Hugo et des Lamartine, couvre encore la voix neuve, la note unique qui, tout à coup, çà et là, y vibre :

Lorsqu’un peu de loisir me rend à la campagne

Et qu’un beau soir d’automne, à travers champs, je gagne

Les grands bois jaunissants, etc., etc.

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Mais j’ai vu du faubourg fumer les cheminées,

J’ai regagné la ville aux nuits illuminées

Et le pavé mouvant, etc., etc.

Ce lyrisme, auquel le poète s’est assoupli par la volonté, l’exercice et surtout le compagnonnage littéraire, est le plus grand ennemi de sa nature sincère, de cette poésie qui est la sienne, toute d’observation triste ou cruelle, qui se déchire le cœur dans un coin,