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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/104

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et que l’homme ne peut emporter. Il fallait s’attacher à ce sol, rester dans la poussière de ce sol, et ne pas croire qu’en passant une fleur de genêt à sa boutonnière, comme les Athéniens mettaient une cigale d’or dans leur cheveux, pour dire qu’ils étaient autochtones, on était assez Breton comme cela ! Breton bretonnant, Breton et demi. Breton en français, autant qu’on peut l’être, voilà ce qu’aurait dû être Brizeux ! La Nationalité, dans ces proportions-là, lui aurait créé un génie, et il en aurait eu un ; elle l’aurait décuplé, croyez-le bien ! Ah ! quand les inspirations de la poésie personnelle s’abaissent et tarissent chaque jour de plus en plus, il ne nous reste bientôt plus pour être poète que la patrie ! Et le meilleur conseil à donner à tous ceux qui ont du talent et même à ceux qui ont du génie, c’est de le mêler à la sainte poussière du pays, c’est de le faire rentrer, ce génie, dans cette terre sacrée, afin qu’un jour il en ressorte, fils du sol, beau comme le coursier de Neptune !

VIII

Depuis sa mort, les amis de Brizeux ont publié ses Œuvres complètes. Dans leur zèle d’amitié (n’ayez jamais de zèle ! ) et leur voracité de gloire pour cet Impassible du tombeau, ils ont fait deux volumes épais de ces choses légères. Ils ont pris tout le portefeuille. Ils l’auraient volontiers raclé… Ils ont versé de ce cidre breton par-dessus les bords. Je ne suis pas Breton, mais je n’en suis pas moins du pays des buveurs de