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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/95

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dit Pascal ; Pascal qui ne se doutait guère, quand il criait sa torture de sceptique, des citateurs qui devaient lui venir, et qui s’en serait allé à la Trappe, pour ne plus rien dire, s’il avait pu les deviner !

Mais ce n’est pas l’idée d’une religion naturelle inventée pour envoyer se promener toutes les autres religions positives, au nom d’une philosophie qui y va avec elles, ce n’est pas cette idée que je blâme le plus dans le livre de M. Simon. Les notions sont ce qu’elles peuvent être dans les têtes humaines. La loi géométrique nous dit que le contenu ne peut pas être plus grand que le contenant. Le déisme, l’idée la plus faible qu’il y ait en philosophie religieuse, est proportionnel au cerveau de M. Simon, mais ce que je blâme plus que ce déisme, peut-être involontaire, c’est de l’avoir capitonné, pour lui faire faire illusion, avec des idées qu’on n’aurait jamais eues, sans la religion positive qu’on repousse.

M. Jules Simon n’est pas, comme on pourrait le croire, un ignorant en christianisme ; et malgré la simplicité, chère aux esprits vulgaires, de sa religion naturelle dont il nous donne les preuves humaines, psychologiques, individuelles et par conséquent peu obligatoires, ce qu’il y a d’illusionnant et de dangereux dans cette religion, à portée de toutes les faiblesses, c’est encore ce que le christianisme, dont l’action nous pénètre comme la lumière, y a versé d’influence secrète et démentie ! Là est le mal, un mal profond que celui qui le fait n’ignore pas.

On doit tout au Christianisme, même les idées qui masquent le mieux la fausse théorie qu’on dresse contre lui, et tout est bon à l’ingratitude. C’est pour mieux