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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/93

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le Dieu de la révélation n’est pas digne d’occuper ces immenses esprits qui ne peuvent établir le leur par le raisonnement, eh bien ! tout n’est pas perdu ! II y a le Dieu de la conscience naturelle que chacun porte avec soi et en soi, comme le sauvage porte son manitou à sa ceinture. C’est à ce Dieu excessivement peu compliqué du déisme libre qu’il faut revenir. C’est à ce Dieu marionnette dont chacun tire le fil comme il veut ou ne le tire pas du tout, que M. Jules Simon nous renvoie. C’est le Dieu des bonnes gens, — sans l’excuse de la chanson et du cabaret !


III

Certes ! je n’ai jamais, pour mon compte, estimé beaucoup la philosophie, mais je ne l’ai jamais méprisée autant que le philosophe français, M. Jules Simon. Dans son livre d’aujourd’hui, il l’a mise bien bas, cette vieille mère, qui avait son orgueil et voulait régner comme Agrippine. Il l’a ravalée jusqu’au niveau des intelligences égalitaires les plus égales entre elles. Il l’a enfin démocratisée, et voilà la cause d’un succès sonné sur le trombonne de M. Taine, ce musicien polonais de dentiste que le succès a donné à M. Simon ! La notion de la religion naturelle, antiphilosophique et anti-théologique, comme l’entend le sens très-commun de M. Jules Simon, doit trouver, à coup sûr, plus de deux cent mille lecteurs.

Mais je ne méprise pas assez la philosophie, et je respecte trop toute religion, et en particulier la mienne,