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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/76

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religieuse ! Toujours la religion mêlée à la philosophie ! N’y a-t-il là qu’un rapport de titres entre deux ouvrages différents ?… M. Émile Saisset et M. Saint-René Taillandier, s’ils ne sont pas gens de même doctrine, sont gens de même maison. Ils écrivent tous les deux depuis longtemps à la Revue des Deux-Mondes. Seulement M. Saisset a le haut du pavé sur M. Taillandier. M. Émile Saisset est à M. Saint-René Taillandier ce que le philosophe est à l’homme de lettres. Il a dans la tête des constructions quelconques que l’autre n’a pas.

L’autre est un esprit entièrement… plane. Excepté un vent obstiné de liberté qui y souffle perpétuellement, il n’y a pas grand’chose à rencontrer dans cette cervelle tout en surface. La liberté ! la liberté ! voilà la seule idée qui habite dans l’esprit de M. Saint-René Taillandier, un steppe…. moins l’étendue ! Aujourd’hui, dans les huit articles de revue dont il a composé le livre qu’il publie, M. Saint-René Taillandier ne cesse pas de nous répéter sur un ton qu’on voudrait plus varié : « Soyons religieux, mais surtout soyons libres, libres même de n’être pas religieux du tout, si cela nous plaît. » Car avec la liberté telle que la conçoit ce libéral immense, la religion ne peut plus être que la liberté de n’avoir pas de religion. De tous les dilettanti de liberté nombreux en ce siècle, M. Taillandier est sans contredit un des plus ardents et des plus exigeants que nous ayons connus. En voulez-vous la preuve ? Vous aviez cru peut-être avec nous que nous avions la liberté religieuse en France ? Eh bien ! non ! selon M. Saint-René Taillandier, nous ne l’avons pas !… Hein ! quel amateur !