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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/447

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seulement de ce revers. Il fut heureux de ne plus être désormais condamné à commander aux autres. Pour s’exercer, gymnastique sublime ! à cette vertu si profondément sociale de l’obéissance, saint Anselme, respecté par le pape, saint Anselme, le primat d’Angleterre, prit un simple moine pour maître, et le croirez-vous, esprits de nos jours ? ce moine lui prescrivait le nombre de fois qu’il devait se retourner dans son lit ! M. de Rémusat a trop d’esprit pour insulter à cette surhumaine humilité, que Voltaire aurait traitée… nous savons comment ; mais sous le sérieux indulgent qu’il garde, M. de Rémusat ne cache pas autre chose que la vue mesquine et erronée d’un philosophe qui comprend tous les préjugés d’un siècle et d’un grand homme et qui ne les leur reproche pas. Tant de bonté ne nous fera pas hésiter cependant. Au fond l’intelligence profonde de la double grandeur du temps et de l’homme lui échappe. Il n’a pas l’appréciation de cette obéissance qui, à partir de Grégoire VII et des croisades, fît triompher la foi dogmatique et on peut le dire, organisa politiquement la religion. L’action de la foi par l’obéissance est humainement, si on peut risquer l’expression, la physique du catholicisme. La véritable gloire de saint Anselme est d’avoir donné à tous les fidèles de son temps, du haut d’une position qui leur imposait et les entraînait, l’exemple du respect de l’obéissance poussé jusqu’au fanatisme, mais à un fanatisme pour la première fois désintéressé. Or, quand un homme personnifie en lui cette physique du catholicisme, l’instrumentum regni par lequel il s’est constitué et a gouverné, n’étudier dans cet homme que le travail de son