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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/431

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c’est la vertu par le sacrifiée en vue de quelque chose qui n’est ni dans l’histoire, ni dans la vie visible de l’humanité ! Pour nous, toute conversion aux idées de M. Pelletan est impossible. Mais nous disons que sa thèse est rude à soutenir, même vis-à-vis de ses amis intellectuels. Logiquement, il est vrai, et de philosophie à philosophie, d’augure à augure, la chose serait bien moins ardue, car la portée d’une pareille thèse n’échappe pas. L’Allemagne, qui a l’intrépidité des crimes abstraits, l’a révélée depuis longtemps, c’est le détrônement de Dieu par l’humanité, c’est la révolution démocratique contre Dieu. Qu’on ne s’y méprenne pas ! On n’a inventé le progrès indéfini que pour se passer de Dieu au commencement, au milieu et à la fin de toutes choses. Voilà la portée du système ! Seulement, pour insinuer dans les esprits honnêtes et confiants qui vous lisent ces conséquences voilées, la main, qui n’est pas très-forte, tremble un peu…. tâtonne dans les faits qu’elle mêle et se blesse à des inconséquences mortelles. Selon nous, c’est là ce qui est arrivé à M. Pelletan. Son talent ne l’a pas sauvé. Il s’est pris lui-même à son prisme. Le flambeau qu’il portait l’a ébloui. A côté des clartés aveuglantes et des mirages de perspective, il y a aussi dans son livre de ces inconséquences qui sont des blessures par lesquelles saigne et meurt un système. Citons-en une seule en passant : « L’homme, dit-il, recruta d’abord ces races expiatoires qui devaient régénérer l’homme en donnant sa vie pour lui et racheter par leur sang sa pauvreté ! » Nous ne discutons pas le fait, nous citons la phrase. Franchement, n’est-elle pas un peu compromettante ? Quand on a nié