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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/426

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philosophique il ne se préoccupe même pas. Il affirme et va. II raconte à sa manière ce que la Genèse raconte mieux que lui ; mais arrivé à l’homme, il brise la Genèse, et l’erreur monstrueuse monte sur les débris de l’hypothèse. La Chute, ce cataclysme de l’âme, qui a laissé sa trace dans la mémoire de tous les peuples, comme le Déluge, ce cataclysme de la matière, a laissé la sienne à tous les points, à toutes les fissures de ce globe, est niée d’un mot, au mépris de toutes les traditions connues. Le premier homme, cet Adam qui avait la lumière d’une innocence sortie fraîchement, comme un lis, des mains du Seigneur, Adam dans l’Éden, pour M. Pelletan, est un peu plus que les bêtes, mais ce.n’est encore qu’une organisation imbécile dans les rudiments du progrès. — Et Ève ? — Ève eut besoin de sortir du Paradis pour conquérir sa première vertu.

Nous citons…, mais sans colère. Ne savions-nous pas qu’il devait en être ainsi, qu’il ne pouvait pas en être autrement pour le théoricien ou le mystagogue du progrès ? L’erreur a des manières d’attacher le collier de force aux plus généreux esprits et de les traîner après elle ! La Chute admise, le Progrès ne serait plus ! Les enfants verraient cela… Seulement, pour rendre son soufflet à l’histoire, il fallait rester dans la philosophie, nous donner, d’après la nature de l’homme et l’étude de ses instincts et de ses facultés, la preuve philosophique de l’impossibilité radicale, humaine, de la chute. Or, voilà ce que M. Pelletan a oublié. De la question philosophique, qu’il n’a pas touchée comme on eût été en droit de l’attendre d’un homme qui a conçu l’idée de son livre, il a glissé