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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/422

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Malheureusement pour ceux qui auraient été curieux d’un tel résultat, la profession de foi de M. Pelletan restera la profession de foi — isolée — de son auteur aux incomparables grandeurs et à la vérité du dix-neuvième siècle, et nous ne disons pas assez, à toutes les grandeurs et à la vérité de tous les siècles qui le suivront. En effet, qu’on ne s’y méprenne point, ce n’est pas en ce que le dix-neuvième siècle a de virtuel, de progressif, de relativement vrai, que M. Pelletan a la confiance qu’on pourrait avoir en la vérité même de Dieu, mais c’est dans tous les siècles futurs, grands, selon lui, impeccables et infaillibles à leur date, à leur place dans la chronologie universelle ; en d’autres termes, c’est dans le progrès, le progrès indéfini de l’humanité ! A ne voir que l’affirmation de ce fait, qu’y a-t-il là de bien nouveau ?

En France, depuis Condorcet, cette foi au progrès est connue, quoiqu’on ne la professe tout haut que sous les réserves du bon sens d’un peuple qui n’aime pas qu’on se moque de lui, et en Allemagne, où l’on n’a rien à craindre à cet égard, cette foi a été redoublée par des systèmes philosophiques qui sont du moins de formidables erreurs, les efforts puissants de grands esprits faux. Ce qui est nouveau, ce qui donne un mérite de hardiesse et d’initiative à M. Pelletan, c’est d’écrire un livre pour démontrer la nécessité rationnelle de cette croyance. Seulement, nulle part, ni en Allemagne, ni en France, les deux pays à idées, — l’Angleterre n’est qu’un pays à intérêts, — les hommes qui s’appellent humanitaires n’accepteront, pour l’explication de leur dogme et le dernier mot de leur foi, la profession de M. Pelletan.