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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/419

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expression et de finesse dans la pensée qu’est faite sa lucidité, car M. Flourens n’est pas seulement un esprit lucide, c’est mieux que cela, c’est une lucidité. Nous n’avons pas entendu M. Flourens, comme professeur, mais il doit porter dans son enseignement les qualités qui font de l’exercice du professorat quelque chose comme une création continuée, car, éclairer les esprits, c’est les créer une seconde fois. C’est même, dirons-nous, — et c’est la seule critique que nous oserons contre ces livres amusants, comme s’ils n’étaient pas savants, et savants comme s’ils n’étaient pas amusants, — c’est même l’habitude du professorat qui donne à ces livres la tache de ces répétitions de faits ou d’idées, qu’on prendrait pour des négligences et qui sont plutôt des scrupules de clarté. M. Flourens, qui ferait la classe avec beaucoup d’imposance à des hommes comme lui, la ferait tout aussi bien aux jeunes filles des Oiseaux ou de l’Abbaye-aux-Bois, comme Bossuet faisait le catéchisme aux petites bonnes gens de la ville de Meaux, et, comme on le sait, Bossuet n’en était pas plus petit. L’auteur de la Vie et de l’Intelligence n’est donc pas moins fort, parce qu’il est gracieux ; il n’est pas moins docte, parce qu’il est agréable et que tout le monde peut lire ses livres et les goûter.

Nous croyons à la providence des noms comme y croyait Sterne, et M. Flourens est l’homme de son nom. Il a mis la plus belle rose de son jardin des Plantes au corsage un peu épais de la Science, et il en ferait bien d’autres ! Tout ce qu’il touche, il le fleurit !