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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/408

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n’est pas qu’un savant considérable et officiel. C’est aussi un lettré, un lettré autant qu’un de nous. C’est un lettré qui reporte sur la science, pour en adoucir l’austérité et sans rien diminuer de sa beauté profonde, tout ce que le Génie littéraire peut donner à la pensée d’un homme, de clair, d’élégant et de doux. Et ces trois mots caractérisent très-bien, je vous assure, le genre de talent de M. Flourens, — de cet homme qui aurait pu, ma foi ! être pesant, sans se compromettre, tant il savait de choses ! et qui s’en est si bien gardé !

Mon Dieu ! oui, il aurait pu être pesant tout comme un autre. Il est savant. Il a donné à la science toute sa vie, et, vous le verrez tout à l’heure, la science a très-bien agréé ses hommages. Elle l’a rendu heureux. Elle ne l’a point traité comme un de ses patiti inféconds qu’elle traîne quelquefois après elle, et cependant il n’a pas eu la fatuité de son bonheur, car la fatuité des savants heureux, c’est la lourdeur… une lourdeur gourmée, épatée, infinie. C’est leur turcarétisme, à eux ! Au contraire, il a été léger, mais léger comme un ignorant charmant qui n’a pas autre chose à faire que d’avoir de la grâce, de temps à autre, et de se montrer spirituel ! M. Flourens n’est point un érudit à l’allemande, quoiqu’il soit de l’Académie de Munich et de bien d’autres Académies. C’est un érudit des plus français, qui n’a pas perdu, comme tant d’autres, en cultivant la science, sa qualité de Français. Originalité mi-partie dont chaque moitié vaut presque un tout. Savez-vous comment il procède ? il enlève la science, cette puissante personne, — à la Rubens, — moins la couleur, il l’enlève dans les bras très-fins