Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/369

Cette page n’a pas encore été corrigée


le prêtre lui-même, le prêtre qui vit dans un écart sublime et dans l’impassible lumière du sanctuaire, en a ressenti le contre-coup. Ne croyez plus à la chronologie ! Entre 1857 et 1757, il y a certainement plus d’un siècle. Entre 1857 et 1657, il y en a certainement plus de deux ! Il y a plus que du temps, il y a de l’événement, il y a la révolution française et les Napoléon, deux fois sauveurs ! Si Bourdaloue et Bossuet avaient vu de telles choses, ils ne prêcheraient point, croyez-le bien, comme ils prêchaient devant un roi tranquille qui vivait et s’endormait dans la mort, avec cette pensée que sa race était immortelle. Ils n’auraient pas maintenant exactement le genre de prédication qu’ils avaient lorsque les Pouvoirs humains n’avaient pas reçu les épouvantables atteintes qui les ont brisés, et dont, hélas ! ils saignent toujours. Quelque chose de si incomparable à tout s’est produit parmi nous, que même la situation du prêtre, — de cet homme qui n’est qu’une voix — vox clamantis, — en est modifiée.

Bourdaloue et Bossuet, ressuscites parmi nous, seraient donc tenus de jeter sur le temps, — sur le détail des questions du temps, — ce regard pénétrant qui n’a jamais manqué au prêtre, si surnaturellement pratique. Ils n’enseigneraient plus seulement une Royauté entre toutes ; l’Individu Royal, pour ainsi dire, mais ils referaient les notions défaites, et leurs sermons, comme ceux du père Ventura, s’appelleraient le pouvoir chrétien. Le pouvoir, voilà l’Ucalégon qui brûle ; le pouvoir chrétien, c’est le pouvoir éteint et sauvé ! Bourdaloue et Bossuet, au dix-neuvième siècle, auraient compris, ces grands hommes, quelle