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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/368

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Ambroise jusqu’à Bourdaloue et Bossuet, la vérité de Jésus-Christ dans toutes ses portées pour le cœur et pour l’esprit, la vérité avec son caractère absolu et universel ; mais ils ont cependant quelque chose de différent aussi et qui n’est pas seulement une question de talent, d’originalité et de forme. En si haute matière, il s’agit vraiment bien de cela ! L’enseignement du P. Ventura a, pour la première fois, une direction qu’aucun prédicateur, en s’adressant à une de ces puissances qui ne gardent devant Dieu que la Majesté du respect, n’a donné au sien, et même parmi les plus imposants et les plus hardis. Jusqu’ici, tous les sermonaires qui prêchaient aux souverains les devoirs que leur grandeur leur impose, tout en se plaçant le plus près possible du cœur qui les écoutait, par un autre côté, se maintenaient à distance. Ils ne descendaient pas la marche qui sépare la religion de la politique. Ils restaient sur le haut du degré. Le P. Ventura n’a pas craint de le descendre. Il savait à qui il parlait.

Il n’a pas craint de se placer aussi près de l’esprit que du cœur, aussi près des choses contemporaines que de celles de l’éternité en parlant à celui que nous pouvons appeler l’Homme du Temps. Il a mis sa main, sa main libre de prêtre, sur les questions du moment, et il a été tout à la fois sacerdotal et politique. Le livre qui a recueilli ses discours s’appelle maintenant le Pouvoir chrétien.

Du reste, une telle nouveauté était justifiée. Les événements qui se sont accomplis dans le monde moderne ont été si puissants et si terribles, les esprits et les âmes ont été remués à de telles profondeurs que