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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/336

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regarde comme un progrès l’esprit politique du dix-huitième siècle, et qui le glorifie dans ce Quinze-Vingt de sa propre pensée, laissé par le dédain de Bonaparte, accroupi dans les ténèbres de sa constitution impossible, — l’abbé Sieyès.


III

Médiocre et triste résultat ! La foi en ces choses que la Philosophie travaille à la main, — les Constitutions, — a incliné M. de Beauverger à une admiration compromettante, parfaitement indigne d’un esprit qui a souvent de la critique et de justes appréciations.

C’est que M. de Beauverger, — il faut bien le dire, — est un homme du dix-huitième siècle. Il l’est, à la vérité, avec les réserves que font les honnêtes gens dans ce temps-ci, mais il l’est, nonobstant, de sentiment, d’idées, de rêveries. L’abstraction lui voile, à toute minute, la réalité. S’il est à genoux de fondation devant un si pauvre homme que Sieyès, on ne peut plus dire sa position devant Montesquieu, et on le conçoit. Montesquieu n’est pas seulement l’homme d’une constitution comme Sieyès ; il l’est de toutes les constitutions possibles qu’il explique et détaille dans son Esprit des Lois, comme des mécanismes qu’on démonte, pour en faire mieux comprendre le jeu. Du reste, dans sa conception politique, l’auteur du Tableau historique des progrès n’a pas dépassé Montesquieu. Il s’arrête à la notion vague de liberté qui suffisait à tous les esprits soi-disant politiques du dix-huitième