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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/323

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comme preuve, et fait de la méthode soi-disant nouvelle de M. Comte quelque chose d’aussi vieux et d’aussi borné que la première méthode venue d’observation, pratiquée dans les sciences physiques ! Rien de moins surprenant, du reste ; M. Comte le philosophe, n’étant, à bien le prendre tout entier, qu’un physicien ! Malgré la gloire qu’on lui badigeonne en ce moment, l’auteur de la Philosophie positive n’est que la cent quarantième incarnation de ce matérialisme, qui depuis La Mettrie et son homme-chou jusqu’à M. Littré, qui n’a point l’audace de ce légume, s’est transformé sans cesse et se transformera encore, mais qui est identiquement le même que dans les livres du dix-huitième siècle, où il fait grande pitié.

C’est en raison de cette pitié sans doute, qu’on le réhabille, et que M. Comte s’est chargé de ce soin et de cette dépense. Il a eu cette vertu pour ce vice. Il lui a fait cette charité. Il est vrai que le matérialisme la lui a rendue. Si M. Comte a donné au matérialisme un habit neuf, dont il avait grand besoin, le pauvre diable (et diable est le mot) ! le matérialisme a donné à M. Auguste Comte une doctrine, car on peut demander ce que serait M. Comte sans le Matérialisme, si Cabanis, Broussais et le docteur Gall n’avaient jamais existé !…

Tels sont les prédécesseurs dans la science et les maîtres de M. Comte ; Cabanis, Broussais et le docteur Gall, le docteur Gall surtout, dont directement il procède, et auquel il emprunte son système de petites boîtes numérotées sur le crâne, pour mettre là-dedans les facultés de l’âme qu’il y a vues probablement,