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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/322

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l’homme à Dieu, tout ce haut système de probabilités qui est toute la philosophie pour ceux dont l’inquiétude d’esprit n’est pas apaisée par la double clarté de la révélation et de l’histoire, n’a pour M. Comte aucune valeur scientifique.

La science, pour être de la science, doit se borner à constater des faits, ce qui est encore un escamotage de la science, mais le plus maladroit de tous, celui-là, car la science a toujours été tenue de faire plus, même dans M. Comte, et le voilà inconséquent ! En effet, ce négateur des causes finales et premières par haine de l’indémontré n’en part pas moins de l’indémontré, comme le plus modeste d’entre nous. En supposant, dit-il, que tout ce qui est jusqu’ici tombé dans le monde y soit tombé en raison des lois de la pesanteur, ce qui tombera demain tombera-t-il de même ?… Nulle réponse que le besoin qu’on a de faire admettre le principe de l’invariabilité des lois naturelles » (page 81). Et il appelle cela « nulle réponse ! » Et les conditions sine qua non de l’existence de l’esprit humain ne lui paraissent pas une raison assez péremptoire, à cet escamoteur, qui fait tout disparaître : mais ici, c’est le bon sens qui est escamoté !

Et cette inconséquence n’est pas la seule dans le système de M. Comte. Lui qui a écrit, selon M. de Blignières, ou du moins qui a professé qu’une science n’était jamais que l’étude propre d’une classe de phénomènes dont l’analogie a été saisie, prétend cependant, partout, que l’observation est seule scientifique et décompose l’art d’observer en trois modes irréductibles « l’observation pure, — l’expérimentation, — et la comparaison », ce qui est exclusif de toute analogie,