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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/318

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Vous le voyez ! nous n’en sommes plus à l’Érudition et à la Pensée qui dédaignent de descendre de leurs sommets ! Non ! nous voulons mettre l’Académie des Sciences dans la rue en attendant que nous la mettions dans l’Église, et vive la science ! comme dit M. Jourdain.


III

C’est toujours un événement grave que l’apparition dans ce monde d’une philosophie nouvelle, quelle qu’elle soit. La moins forte et la moins féconde est encore prolifique et fait des petits… Si ces petits sont très-petits, c’est toujours au moins un genre d’insectes incommodes, une malpropreté du cerveau. Mais ici les insectes qui menacent seraient très-gros, s’ils venaient à naître… La philosophie de M. Comte est assez fausse pour aller très-loin, et elle n’a même d’autre raison de s’arrêter que sa prétention d’être une religion par-dessus le marché d’une philosophie. Dans l’état actuel de ce pauvre esprit humain, qui se croit un esprit très-fort, ceci la compromet. Mais sans sa prétention à être une religion, elle a bien, je vous assure, tout ce qu’il faut pour dompter la pensée publique. Elle doit lui plaire, par son apparente simplicité de point de vue et de déduction, et la faire trembler, par les connaissances terribles qu’elle exige… Or la pensée publique, en France surtout, ressemble aux femmes, qui doivent toujours un peu trembler pour bien nous aimer.