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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/310

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Les plus grands, je le sais, commencent par Démosthène (mais Démosthène, quoi de plus que le bon sens d’une place publique ?) et finissent par O’Connell, un sublime bouffon de Shakespeare, qui a grimpé sur les hustings ! Quant à Bossuet, n’en parlons pas. Ce n’est pas un homme, c’est un miracle. Il s’est couché sur les Prophètes morts, comme Samuel sur la femme qu’il rappela à la vie, et ces grands morts ressuscitèrent dans son génie.

Bossuet, qui composait ses sermons à genoux comme saint Charles Borromée, n’est pas un orateur humain. C’est un inspiré. Je demande donc une exception pour Bossuet ! Lui n’a jamais besoin d’être vulgaire, et quand il l’est par l’expression, c’est pour relever d’autant sa pensée par le contraste. Mais ceux-là qui ne sont ni Bossuet que ne peut être personne, ni Démosthène, ni O’Connell, ni même Mirabeau, et qui descendent jusqu’à M. Ledru-Rollin, avec leur part de talent et d’influence, ceux-là ont besoin de la verve ou de la force dans les idées communes : or, du temps que M. de Montalembert parlait au lieu d’écrire, il les avait. On ne voyait pas briller sur sa lèvre le rayon qui n’est pas sous sa plume, mais il y avait parfois un mordant d’ironie qui brûlait sans éclair. Il avait le coup de gorge strident et le mouvement toujours prêt des fortes mâchoires oratoires. Seulement, on n’improvise pas avec cela du soir pour le matin un talent réel de littérature ou d’histoire ?

Et voilà pourquoi les Moines d’Occident ne sont pas une histoire, mais une oraison, — oratiopro monachis, et une oraison… jaculatoire, très-souvent, car la foi, — une foi dont je ne souris pas, mais que je respecte