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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/308

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Enfin si le récit de l’auteur des Moines d’Occident roule, comme une perle, quelque légende, prise à cette fontaine de larmes qui filtre l’image d’un ciel renversé entre toutes les ruines de l’Histoire, la légende a été trouvée déjà par quelque pêcheur aux légendes et aux perles, comme M. de la Villemarqué. Légendes, peintures, réfutations, miracles racontés de manière à couper l’insolent sifflet des rieurs, aperçus, domination petite ou grande de l’histoire de quelque côté que ce soit, rien n’appartient en propre et en premier à M. de Montalembert, si ce n’est ce qui appartient toujours à tout homme dans tout livre, — le style qu’il y met. Or, le style de M. de Montalembert ne fut jamais très-littéraire. C’est un style d’orateur doué pour principale qualité de cette espèce de force dans l’idée et l’expression vulgaires, qui explique, du reste, tout l’ascendant de l’orateur.


IV

C’est un orateur, en effet, et un orateur dépaysé dans la littérature que M. de Montalembert. Polémiste, antiquaire, pair de France, député, il n’a jamais été autre chose qu’un orateur à toutes les époques de sa vie. La forme sine quâ non de son esprit, c’est le discours. J’ai parlé plus haut de M. Villemain, qui n’est . point certainement un barbare, comme le Cimbre qui n’osa tuer Marius, mais qui n’a pas osé non plus tuer Grégoire VII, mais M. Villemain est, dans l’ordre des orateurs, un parleur très arrangé, qui épile des phrases, sceptique à tout, si ce n’est à la rhétorique et à l’orthographe,