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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/305

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l’œuvre éternellement glorieuse de l’Église, un livre enfin dont la doctrine est pure et le sentiment très-droit. Mais, le f5nd orthodoxe du livre mis de côté, il reste aux yeux de la Critique littéraire… tout le livre, et le livre ne satisfait ni le critique ni même le chrétien, qui sait ce que peut être la prédication d’un livre bien fait. Le livre de M. de Montalembert a un tort suprême. Il répète ce qui a été dit mieux… C’est l’apologie des Ordres Religieux qu’on ne pourra jamais trop faire, quand on la fera bien ; mais cette apologie nouvelle est sans nouveauté. Elle est sans éclat, sans poésie, sans manière de tourner les choses ou de les retourner, car on les a vues dans ce sens-là bien des fois, — malheureusement bien des fois ! Après M. de Chateaubriand, ce n’est pas le Génie du christianisme, mais c’est le christianisme sans génie.

Assurément, si nous faisons de ce livre, tel quel, le catéchisme de l’ignorance, il sera intéressant encore. Les faits qu’il évoque sont si beaux ! Mais il s’agit de livre et non de catéchisme, de lettrés et non d’ignorants. Or, pour peu qu’on ait rafraîchi ou brûlé son front aux sublimes choses que le christianisme a fait jaillir de l’âme humaine, en y débordant, pour peu qu’on ait lu la Vie des Saints, les Pères du Désert, la Chronique des monastères, devenue en ces derniers temps de l’histoire sans laquelle il n’y a plus d’histoire d’aucune espèce, dans l’Europe désorientée, l’histoire des Moines d’Occident, de M. de Montalembert, ne paraîtra plus que ce qu’elle est, c’est-à-dire : plusieurs grands et puissants livres, diminués en un seul. Ne voilà-t-il pas un magnifique résultat !