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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/301

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même qu’un sujet a moins d’étendue, tout homme intelligent qui y touche le creuse davantage. Il fait comme Napoléon à la guerre. Il concentre ses forces sur un point donné. Cela est d’autant plus vrai, que tout le monde, même intelligent, n’est pas taillé pour se permettre la grande histoire à la Tite-Live et à la Gibbon. Aux historiens d’haleine courte il reste la biographie ! M. de Montalembert, qui nous donne aujourd’hui les Moines d’Occident, nous eût plus donné en nous donnant moins. Au lieu de tous les moines, nous en aurions mieux aimé un seul, mais frappé comme il eût pu l’être !

M. de Montalembert a eu l’ambition plus grande ou peut-être l’a-t-il eue plus petite… Qui sait ? Après avoir tâté ce fier sujet de saint Bernard, qui n’est pas un aérolithe tombé dans l’histoire, mais qui a des racines dans le passé, qu’il faut découvrir, et d’autres racines dans l’avenir, qu’il faut suivre encore, M. de Montalembert, à qui les habitudes oratoires ont ôté le degré d’attention nécessaire pour approfondir un sujet, a laissé là le sien, mais du moins a voulu utiliser les lectures qu’il avait faites pour le traiter. Les Moines d’Occident pourraient bien n’être que les documents et les notes dont le Saint Bernard devait sortir. Au lieu de la statue, nous avons… quoi ? la glaise avec laquelle on la prépare ! De cette glaise seulement, le sculpteur a moulé, d’un pouce plus modeste que hardi, une foule de petites statuettes à la file les unes des autres, bonnes tout au plus pour la planchette d’un oratoire. Mais la statue, la grande statue, — de marbre ou de bronze, — nous ne l’avons pas !