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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/279

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le moment de lui montrer ce qu’il voit tant et de lui cacher le Dieu qu’il ne voit plus et ne veut plus voir. Non ! c’est le Dieu qu’il nous faut d’autant plus maintenant ! C’est le Dieu dans sa transcendance, dans son surnaturel, son incompréhensibilité accablante, car l’accablement vaut presque la lumière pour une âme, puisqu’elle entre en nous, à force de nous écraser. Quand les dogmes finissent, ainsi que le disent insolemment les philosophes, on ne les sauve pas en les découronnant de leur mystère, en demandant bien pardon pour eux à l’orgueil humain et en priant les philosophes d’excuser qu’il y ait un Dieu dans Notre-Seigneur Jésus-Christ, parce qu’il y avait un homme si aimable ! Or, voilà certainement ce que ne dit pas, explicitement, comme je le dis, moi, pour en montrer le danger, le livre actuel du R. P. Lacordaire, mais ce qu’il dit implicitement néanmoins.

Tout ce petit roman de l’amitié de Jésus-Christ et de Marie-Madeleine nous offre beaucoup trop Notre-Seigneur Jésus-Christ sous cette forme humaine qui demande grâce pour sa divinité et qui l’obtient de messieurs les philosophes (de si bons princes !), et des gens bien élevés, des âmes tendres, de la bonne compagnie de tous les pays ! Mais vous savez bien à quel prix ! Dans le livre du R. P. Lacordaire, Jésus-Christ est toujours, c’est la vérité, un être adorable, mais il n’est pas assez N.-S. Jésus-Christ, il est trop un homme, un particulier, un ami de la famille Lazare, un convive avec qui, ma foi, il est très-agréable de souper ! Si vous poussiez un peu l’éminent dominicain, il vous montrerait peut-être, après l’ami, dans Jésus-Christ,