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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/262

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Et c’est ici que l’originalité du livre commence ; c’est ici qu’on sent à quel métaphysicien on a affaire… Nous avons nommé la Raison. Mais, comme tous les grands esprits philosophiques qui savent que les mots représentent la pensée, qui poinçonnent la langue et donnent le vocabulaire de leurs conceptions, M. Saint-Bonnet nous explique ce qu’il entend par cette faculté, d’ordinaire si vaguement définie. Indépendamment de sa justesse, nous, chez qui bat le cœur de l’artiste, nous ne savons rien de plus beau que cette définition de la Raison, qui a les proportions d’une analyse. Selon M. Saint-Bonnet, la Raison, c’est la faculté divine, impersonnelle, qui nous met en rapport avec l’infini. Une des confusions les plus fréquentes et les plus déplorables d’une fausse philosophie, c’est la confusion de la Raison et de l’Intelligence, qu’il faut si sévèrement distinguer. La Raison, c’est ce qui nous est resté du rayon divin après la grande rupture de la Chute ; l’intelligence, c’est la puissance de l’homme, le résultat, soit du hasard, soit du mystère de sa contingente organisation. Comme la Sensation est en l’homme le représentant et la voix de la nature, la Raison est dans sa conscience le représentant et la voix de Dieu.

« La fonction psychologique de la Raison, dit M. Saint-Bonnet, est de placer continuellement la notion de l’être, la notion de la loi, du nécessaire, de l’unité, du juste, du bien en soi, en un mot, du Divin, sous les perceptions innombrables du phénomène, du variable, du relatif, du fini, que lui transmet sans cesse l’Intelligence recueillant le produit des sens, et d’empêcher que nous ne restions de simples