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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/25

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d’Aquin, toute réflexion faite, avait vraiment de la philosophie dans la tête, quoiqu’il fût… un théologien !


II

Tel est, en effet, tout l’esprit et toute la portée du travail que M. Jourdain vient de publier. Prouver que saint Thomas d’Aquin, l’Aristote du catholicisme (mais du catholicisme, voilà bien ce qui gâte un peu l’Aristote !) fut un philosophe plus et mieux que Kant et Hegel, par exemple, les Veaux non pas d’or, mais d’idées, de la philosophie contemporaine ; montrer qu’on peut très-bien dégager de son œuvre théologique une philosophie complète avec tous ses compartiments, et que le monde d’un instant qui l’a pris pour une tête énorme, ce grand Bœuf de Sicile dont les mugissements ont ébranlé l’univers, ne fut dupe ni de l’illusion ni de l’ignorance, demander enfin pardon au dix-neuvième siècle pour une telle gloire, voilà le programme de l’Académie et le livre de son lauréat.

Cela n’est pas très ambitieux, n’est-ce pas ? et même cela se contente d’être modeste. Cela mutile saint Thomas, le géant d’ensemble, qui concentra dans une colossale unité la science divine et la science humaine. Cela renverse le sens de la lorgnette et fait voir les choses par le petit côté, non par le grand. Mais que voulez-vous ? Tout est relatif. C’est beaucoup encore. Qui se serait attendu à cela, il y a seulement quelques