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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/24

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poser aujourd’hui, c’est l’incroyable singularité, bien honorable pour notre siècle, qui exige que le nom de saint Thomas d’Aquin soit couvert par celui de M. Jourdain, pour qu’on se permette d’en occuper l’opinion ! Et nous ne déclamons pas. Nous n’exagérons pas. Ceci est un fait.

Bien avant que M. Charles Jourdain eût été mis au monde par l’Académie des sciences morales et politiques, il se faisait, depuis 1854, une traduction de la Somme de saint Thomas, texte latin en regard, avec notes, commentaires, éclaircissements et toute l’armature nécessaire à un pareil vaisseau en matière de livre ; et qui l’a annoncée ? Personne. Quel est le lettré de ce temps où les Mémoires de mademoiselle Céleste Mogador trouvent des plumes galantes qui en écrivent, quel est le lettré qui, par un mot, ait seulement donné une idée juste de ce beau et utile travail de bénédictin que M. Lachat a entrepris, et qui devrait honorer la littérature du pays où il s’est produit ?… qui, excepté les clercs, comme on disait au moyen âge, sait quelque chose de cette édition princeps dont il a déjà paru plus de dix volumes en quatre ans ?

Et qui saurait sans moi que Cottin a prêché !

disait Boileau avec un orgueil qui n’en devait guère donner au pauvre Cottin ! « Et qui saurait, sans moi, qu’après tout saint Thomas d’Aquin n’était pas un cuistre ? » peut se dire l’Académie avec un orgueil moins cruel, elle qui, aujourd’hui, la main étendue sur la tête de M. Jourdain, son lauréat et l’interprète de sa pensée, nous assure solennellement que saint Thomas