Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/234

Cette page n’a pas encore été corrigée


n’en était pas moins le capucin de la philosophie, quêtant perpétuellement pour son Ordre, et qui croyait avoir recruté Vauvenargues parmi les Frères de son couvent.


III

Et il n’y a pas que par le scepticisme qu’il appartient au dix-neuvième siècle, il lui appartient encore par la gravité et par la tristesse. M. Gilbert a insisté sur la haine du rire qu’avait Vauvenargues, et qui venait beaucoup plus de son naturel que des embarras et des misères de sa vie, car les gens gais de tempérament le sont partout, même dans le malheur, quand la grosse bourrasque est passée. Vauvenargues, s’il avait vécu à Paris de 1824 à 1840, eût compté dans la légion de ces jeunes graves, cravatés de noir, « l’espoir du siècle », comme disait Stendhal, qui s’en moquait. C’était un René raisonnable, précédant le René poétique. Il est vrai que ce René semblait avoir des motifs suffisants pour se permettre de la mélancolie. Le René de Chateaubriand, qui fut Chateaubriand lui-même, était un Argan idéal et tragique ; mais Vauvenargues, ni au physique, ni au moral. n’était un malade imaginaire.

Chateaubriand avait tout, lui, pour être heureux. Il eut la naissance, la beauté, la santé, le succès, la gloire de bonne heure, une femme qui l’aimait et qu’il n’aimait pas (deux profits ; il était adoré et il était tranquille), toutes les bonnes fortunes et la grande, la fortune