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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/230

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les humanitaires de son temps, un badaud, un optimiste, un philanthrope, un niais d’esprit, et sans la mort prématurée qui le fait vivre, il serait mort sur pied, de son vivant !


II

Et ceci est certain. Voltaire se serait dépris. L’engouement eût cessé, et la mobilité d’un pareil homme n’eût pas seule expliqué cette inévitable réaction… Malgré les éloges du commentaire qui suivirent les éloges des lettres, on la voit poindre… Dans ce cristal, on discerne la fêlure par laquelle il doit éclater. Il y a dans Vauvenargues, dans son jeune sage, dans son ami, dans son modèle, des choses qui affligent la philosophie de Voltaire. Il les a notées, ces deux ou trois choses, et sans loupe, elles sont énormes. Elles lui ont fait écrire le mot terrible et réprobateur qui est « le raca » de messieurs les philosophes : le mot : « capucin ». Et de quoi, diable, n’es-tu pas digne, si tu n’es pas digne d’être capucin ? disait un jour le Régent à un de ces braves grenadiers de la haire et du froc, qui sont la gloire même des armées de Dieu. Si Vauvenargues était revenu aux idées qu’il exprime dans sa Méditation sur la foi, par exemple, Voltaire eût pensé vite comme le Régent. Il aurait trouvé « le capucin » indigne, et la sifflante moquerie aurait, en un clin d’œil, remplacé l’admiration. M. Gilbert, dans son édition de Vauvenargues, a parfaitement mis en lumière ces points, très-peu aperçus jusqu’ici, qui auraient