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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/214

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Elle avait bien ses philosophes. M. Jules Simon avec son Devoir, sa Liberté et sa Conscience, était un des philosophes actuels et présentement les plus comptés de cette morale par elle-même, de cet indépendant quelque chose qui s’appelle la morale, sans Dieu et sans sanction ! Mais d’historien, aucun encore, quand M. Martin, qui depuis quinze ans poursuit la morale chez tous les peuples de la terre, comme M. Villemain, dont nous parlerons, quand nous parlerons des critiques, y poursuit la poésie lyrique, M. Martin a pris possession de ce grand sujet dans un premier volume précurseur de beaucoup d’autres… M. Louis-Auguste Martin, comme il s’appelle lui-même ! Ne dirait-on pas un évêque ?… Vous allez voir que ce n’en est pas un !

L’Histoire de la Morale, de M. Martin, commence par la morale à la Chine. Le livre que nous annonçons a même pour sous-titre : Première partie ; — de la Morale chez les Chinois. Ce commencement nous plaît. C’est une bonne ouverture, et nous en faisons sincèrement notre compliment à l’auteur. En tant qu’on se préoccupe de la morale par elle-même, il faut la prendre où elle brille le mieux, où elle a son caractère le plus saillant et le plus incontestable, là enfin où elle a le plus régné sans s’appuyer sur cette robuste et grossière épaule des religions, dont elle n’a plus besoin pour aller toute seule à présent… Or, qui ne le sait ? Ce pays-là n’est-il pas, n’a-t-il pas toujours été la Chine ?

La Chine a bien vu par-ci par-là quelques vestiges de ces inévitables religions, branches cassées et dispersées du Candélabre primitivement allumé, et qui brûlent