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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/189

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II

Jamais on n’a été tenté… et trahi par un plus beau sujet : l’Histoire de l’Intelligence. Quel titre pétillant d’ambition et d’orgueil ! Ce que Bichat a fait pour la vie et a mal fait, il faut bien le dire, malgré le respect qu’on a pour son génie, M. Doublet a voulu le faire pour l’intelligence, et le psychologue, qui n’était pas Bichat, a eu le même sort que le grand physiologiste. Ni la physiologie, ni la psychologie, interrogées isolément, ne peuvent, en effet, répondre à ces deux grandes questions : qu’est-ce que l’intelligence ? qu’est-ce que la vie ? Sur ce terrain, il n’y a jamais eu que deux hypothèses : l’hypothèse — qui est le fait dominateur — de la tradition et de l’histoire, ou l’hypothèse scientifique et… chimérique des philosophes. Pour le malheur de sa pensée, c’est celle-là que M. Doublet a choisie. Laissant la réalité humaine, la société et l’histoire, pour observer les premières évolutions de son esprit individuel, M. Doublet s’est imaginé que l’histoire de l’intelligence était écrite en nous, dans quelque repli de notre être, et il s’est dévoué à rendre visible ce palimpseste et à le déchiffrer. Il a donc remué toutes ces ombres et toutes ces poussières qu’on appelle les faits de conscience. Il a décrit avec d’ineffables minuties les voyages de Gulliver de sa pensée, et il a construit comme Kant et même contre Kant une théorie. Cette théorie de « la perception, — de l’appréhension de l’idée, — de sa subsumption dans les