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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/169

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Mais, nous le répétons, voilà l’important, le fin du fin de toutes ces finesses d’érudition bateleuse et désossée. Éblouir comme le renard de La Fontaine tous les dindons oisifs de la libre pensée qui le regardent tourner en rond, prendre ses poussières à l’apparence et faire monter cette vile fumée sur le soleil de nos traditions ; tel est le côté sérieux du personnage que M. Ernest Renan nous joue aujourd’hui. Cela n’est pas que vain et que risible, comme le crible aux diphtongues, cela est sérieux. Dans l’état actuel de la science et des grotesques respects qu’elle inspire à la plupart des hommes qui croient qu’elle leur donnera la clef de ce monde que Dieu a gardée, il n’était ni si indifférent ni si bouffon de confisquer Moïse au profit du sanscrit et de ramener la question de Dieu, si peu scientifique, à une simple question de dehors et de dedans, qui l’est beaucoup plus !


VII

Ôtez, en effet, l’athéisme, — l’athéisme masqué et la haine de la tradition chrétienne — qui font le sens réel de ce livre et de tous livres écrits jusqu’ici par M. Renan, et vous n’avez plus rien dans ce rudiment de sa jeunesse. Positivement, il n’y a rien, pas même du talent. La réputation qu’on a faite un peu vite à M. Renan, pour quelques pages agréablement tournées sur les matières où les écrivains sont très-rares, ne nous impose pas.