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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/158

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ce livre, mais ils n’y reviendront pas. Quant au genre d’effet qu’il produit, c’est directement le contraire de celui qu’il avait en vue. M. Renan voulait faire les affaires de l’athéisme sans éclat et sans embarras, sans casser les vitres, comme on dit, et il s’est trahi par les précautions mêmes qu’il a prises pour se cacher. Il voulait (soi-disant), dans un but élevé de connaissance, dégager l’idée religieuse de ce qui la fait une religion positive à telle heure de l’histoire, opposer le sentiment éternel à la forme passagère, et en le lisant on n’a jamais plus senti que c’était impossible ; que, la forme enlevée, l’esprit suivait, et qu’après tout, malgré le progrès et à part la vérité divine, socialement, la dernière des superstitions valait encore mieux que la première des philosophies !


IV

Le livre de l’Origine du Langage est postérieur aux Études religieuses, non dans la publicité, mais dans l’attention publique. On dit que quelques personnes l’avaient lu déjà, avant que M. Renan, qui le republie, eût attrapé son petit bout de renommée. II a toujours été heureux, ce M. Renan ! Parmi les trois ou quatre enfants gâtés (qui resteront marmots) de ce siècle gâté, et que la Fortune a pris par le menton pour les faire nager, M. Ernest Renan est un de ceux qu’elle a conduits à tout de cette manière. Sorti du séminaire comme un certain empereur de Constantinople qui fuyait