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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/149

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II

Mais, nous l’avons dit, il n’a rien inventé pour cela. L’exécution est restée au-dessous de la prétention. Les idées sur lesquelles il s’appuie sont communes en Allemagne, où les idées cessent de dominer dès qu’elles sont populaires, et en France déjà elles se sont produites obscurément et sans succès. M. Renan, qui parle, dans ses Étude s d’histoire religieuse, de tous ceux qui s’avisèrent les premiers de lever comme une catapulte le misérable fétu de leur critique contre les religions et leurs symboles, et qui nomme des médiocrités comme Boulanger, Dupuis, Emeric David, Petit-Radel, M. Renan a oublié de citer l’homme qui, dans un livre intelligible et français, a posé l’idée générale qui domine la critique de détail dont on est si fier aujourd’hui et dont on attend tant de ruines. Et voici pourquoi. Il l’imitait trop pour le nommer. Benjamin Constant a écrit un livre sur les religions, et l’idée de ce livre, très simple et très dangereuse dans un pays qui croit que la vérité ne peut jamais être compliquée, l’idée de ce livre est que les formes religieuses passent, mais que le sentiment religieux est éternel. Eh bien ! c’est toute la théorie de M. Renan. L’auteur des Études, et dans sa préface et dans vingt-cinq endroits de son livre, reprend l’idée de Benjamin Constant, la retourne, la commente, l’explique et l’applique. Rien de plus. « La religion, dit-il, en même temps qu’elle atteint par son sommet le ciel