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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/142

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avoir regardé ! La Circé des partis lui verse le philtre de l’Éloge pour faire de lui un compagnon d’Ulysse… ce qui n’irait pas mal à ce jurisconsulte des besoins de la Nature ! Qu’il prenne garde ! qu’il se défie et qu’il soit plus fort que Circé ! Ce que nous disons aujourd’hui est au-dessus de toute critique littéraire. Mais, quand il s’agit d’un livre sur la Nature des Sociétés humaines, la Critique, sous peine de n’être pas au niveau de sa tâche, a plus que des considérations de littérature à faire valoir. Du reste, littérairement, nous ne serions pas moins sévère pour le livre de M. Mitraud que nous ne l’avons été pour ce qu’il croit sa philosophie ; car, littérairement, on ne trouve ni la déduction, ni l’ordre d’un livre dans cet écrit, décousu comme un pamphlet, et qui n’a ni commencement, ni milieu, ni fin.

La Critique, cette dissection sur le vif, comme disait Rivarol, nous a trop appris la physiologie littéraire pour que nous ne voyions pas très bien, sous les lignes de la composition, quel a dû être le procédé de l’auteur. Or, nous ne serions pas étonné que M. Mitraud, au lieu de faire un livre dans sa complexe et forte unité, n’eût utilisé d’anciennes notes, des fragments épars, en les rapprochant. Cependant, nous l’avons dit au commencement de cet article, M. l’abbé Mitraud a du talent, et un talent dans lequel il entre du cœur. Il est écrivain, il est nerveux, il est ému, il est éloquent. Mais cela ne suffit pas, sans l’intuition première, sans le point de départ bien arrêté et dominateur. La logique même, qui conduit l’esprit du point de départ au point d’arrivée, ne suffirait pas davantage, et M. Mitraud, nous le reconnaissons,