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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/140

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M. l’abbé Mitraud nous dit bien, il est vrai, « que le catholicisme renferme toute vérité », qu’il est « l’affirmation universelle », qu’il n’y a pas « une loi qu’il ne contienne. » Généralités assez vulgaires qui ne signifient que quand on les explique ou quand on les féconde ! Il fallait les dégager, ces lois dont on parle, et c’est ce que M. Mitraud n’a pas fait. Le caractère de son ouvrage est un vague immense sur toutes choses. Sorte de harpe éolienne philosophique, qui donne des notes et ne joue pas d’airs ! C’est peut- être l’explication de son succès parmi les esprits les plus différents d’opinion. Chacun voit ce qu’il veut dans des nuages. M. l’abbé Mitraud a charmé également beaucoup d’esprits, inexacts et innocents, et beaucoup d’autres, cruellement logiciens et qui ne bougent pas à cette heure, mais dont il connaîtra peut-être plus tard la logique et la perversité.

Et qu’il ne s’y trompe pas ! l’éloge que font ces derniers de son livre n’a été combiné que pour cela. Pousser un esprit de bonne foi et de bonne volonté, mais sans connaissance de la profondeur des partis et de leurs desseins, sur la voie dangereuse où il s’est imprudemment avancé, lui retourner un jour ses idées contre ses intentions, compromettre un prêtre, compromettre Dieu, dans cette question du socialisme contre laquelle un gouvernement d’énergie ferait plus que tous les écrivains réunis, voilà ce que M. l’abbé Mitraud, dans les illusions de sa charité, ne voit pas au fond des éloges donnés à son livre par tous ceux-là qui devraient le plus le repousser. Nous l’avons dit déjà, mais il faut le crier ! le livre de M. Mitraud pose la nécessité d’une théocratie, et