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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/130

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ce ne sont plus les lauriers de Miltiade qui doivent empêcher de dormir ce nouveau Thémistocle : ce sont les siens. L’autre jour, un journal le comparait à saint Paul… Tant de gloire est bien compromettante. Pour un prêtre, c’est une gloire à faire peur.

Car M. l’abbé Mitraud, — quel que soit son talent, qui est réel, et sa charité, qui doit être ardente, — n’a pas converti ces messieurs. Il leur a plu. Il a ému leurs sympathies, mais il ne les a pas changées. Des philosophes ne se convertissent pas par la vertu des brochures. Quand cela leur arrive, il leur faut, comme à La Harpe, le coup de tonnerre dans le sang de la place Louis XV et le chemin de Damas de la guillotine ! Mais quant à des livres, ils en font trop pour que le Prends et lis du figuier d’Augustin se renouvelle. C’est donc du haut de leurs idées et de leur orgueil que les ennemis de l’Église ont fait tomber l’éloge sur le front épanoui de M. l’abbé Mitraud et qu’ils ont tendu leur main de Grec (Timeo Danaos et dona ferentes !) à son catholicisme romain. Certainement la Montagne n’est pas venue à lui. Faut-il donc conclure qu’il soit allé à la Montagne ?… Nous aurions bien voulu nier. Malheureusement, c’est impossible. Nous avons lu avec l’attention qu’il mérite le livre de M. Mitraud sur la Nature des Sociétés humaines, comme il dit, et ce livre dont tout pour nous, jusqu’au titre, manque de rigueur et de vérité nous a jeté dans des perplexités étranges. A ce titre seul, nous avions reconnu le problème du temps présent, la chimère du siècle, comme disait saint Bernard, — car les littératures font beaucoup de théories sociales, lorsque les peuples ont relâché ou brisé tous les liens sociaux, absolument