Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/96

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


entrera dans sa tombe avec ce flambeau à la main.

Pour en juger, il n’est pas besoin d’avoir recours à des écrivains exceptionnels. Tout grand écrivain, dans un pays, est bien plus un aérolithe qui y tombe qu’une plante qui y pousse. Mais ce qui donne la moyenne de l’esprit chinois, ce qui est essentiellement le fruit du terroir, la production du sol, ce sont les maximes générales, les proverbes, et, en d’autres termes, la littérature populaire. « Nous avons trouvé « — dit Huc — dans la collection de Wiechan quelques « cahiers fort curieux et que nous parcourûmes avec a le plus grand intérêt… C’étaient des recueils de sentences « populaires. Nous en fîmes quelques extraits « que nous allons reproduire, et nous les donnons « comme spécimen de l’esprit chinois. » Huc compare ces sentences à ce que nos moralistes européens ont écrit de plus ingénieux et de plus fin, et il a raison. Le peuple qui a écrit cela, en effet, peut être regardé comme un La Rochefoucauld ou un La Bruyère collectif et anonyme. Malheureusement, nous sommes obligés de choisir là où Huc ne choisit pas :

« Si le cœur — disent les Chinois — n’est pas de moitié avec l’esprit, les pensées les plus solides ne donnent que de la lumière : voilà pourquoi la science est si peu persuasive et la probité si éloquente.

« Cultiver la vertu est la science des hommes, et renoncer à la science est la vertu des femmes.