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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/88

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lâcheté est le signe de toutes les populations usées et esclaves, mais, en Chine, ce sentiment dégradant dépasse le gigantesque ordinaire de la lâcheté orientale. Il monte ou plutôt il s’abaisse jusqu’à l’idéal de la lâcheté humaine, — de la lâcheté en soi. Il devient même une théorie. « Les Chinois — dit Huc — ont une « expression dont ils se servent à tout propos… Au « milieu des difficultés et des embarras, ils se disent « toujours : Siaosin, c’est-à-dire : Rapetisse ton cœur. » Et ils l’ont si bien rapetissé qu’il n’y en a plus. Huc, dont on sent la charité indulgente à travers l’ironie, comme à travers celle de Tacite on sent l’amertume du mépris, nous peint cet abaissement de l’âme sous toutes les faces de l’abjection et dans son luxe d’infamies. Pour lui, comme pour nous, c’est, entre les autres symptômes de l’agonie des peuples à l’extrémité, le plus honteux indice de l’immense corruption qui gangrène la nation chinoise, — cette nation lymphatique et décrépite, dont la singularité (si grande soit-elle) ne va pas jusqu’à tomber en vertu de lois inconnues, et non plus en vertu des lois éternelles par lesquelles tous les peuples tombent dans l’Histoire ! Quand on lit ce que le nouveau voyageur en rapporte, on pense, malgré soi, à ce Bas-Empire, fait pour être longtemps encore le modèle des peuples qui crouleront. Les analogies vous débordent. Comme les Grecs du Bas-Empire, le Chinois est un peuple extérieur, cérémonieux, attaché aux rites comme il dit, et tout est rite pour lui, depuis