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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/77

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boudoir et de monde, racontant la ruine de cet édifice de colifichets, — le XVIIIe siècle, — qui allait s’écrouler dans un incendie. Ils se sont donné une mission plus grave. Du salon, ils sont descendus dans la rue ; ils y ont brassé le sang et la fange ; ils ont essayé de retourner avec leurs ongles, trop faibles pour cela et trop roses, cette société, pourrie sur ses racines depuis deux siècles, mais qui, en 1789, allait s’y affaisser et complètement s’y dissoudre. De leur main dépouillée de ce gant jaune qui leur sied, ils ont, dandys de l’anecdote amusante, voulu toucher à tout ce qui entre comme un élément de sa vie dans ce tissu d’âme et de chair qui constitue l’être d’un peuple. Les mœurs nouvelles et les passions de ce peuple qui renversait ses coutumes, les engoûments, les soulèvements, les déchirements et les résistances de l’opinion, à cette époque de bouleversement suprême, ils ont pensé, avec raison, que toutes ces choses sombres et terribles entraient dans le programme de leur histoire. Mais c’est ici surtout qu’apparaît dans toute sa misère la superficialité d’un ouvrage qui a la consistance de ces éventails de papier que les femmes prennent, pour l’usage d’un soir, et qu’elles jettent. Les paillettes de quelques anecdotes n’en sauraient couvrir le manque d’étoffe et de solidité. C’est ici que viennent se marquer plus distinctement que jamais toutes les conséquences du système qui voit dans Paris le type de la France, lorsque l’histoire tout