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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/76

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la Baronne d’Oberkirch[1], tant d’autres oubliés dans la chiffonnière de nos grand’mères et de nos tantes, ne laissent sur ce point aucun doute. Horace Walpole, qui s’en venait du fond de l’Angleterre pour jouer aux jonchets de la conversation philosophique chez cette ennuyée qui n’ennuie jamais, madame du Deffand, ou chez le duc de Choiseul, pouvait s’y tromper ; mais c’était un Anglais ! Et, de plus, il n’écrivait pas notre histoire. Mais MM. de Goncourt devraient-ils s’y méprendre ? Suffisait-il pour eux d’ouvrir les battants des salons de madame Helvetius, de madame de Genlis, de madame Panckoucke, de Julie Talma, du duc de Bedford, etc., et d’en nommer successivement les personnages ? Même l’histoire d’un salon ne s’écrit pas comme on fume une cigarette. L’histoire d’un salon (piquante chose qui a sa profondeur, quoique légère !) ne consiste pas à soulever plus ou moins nonchalamment une portière et à annoncer ceux qui entrent. Les gens qui font cela ne s’appellent point des historiens.

Et d’ailleurs, dans le livre d’Edmond et Jules de Goncourt, le mot de société est pris au sens le plus large, le plus mâle et le plus profond. Il n’y est pas question seulement de la bonne compagnie de la France (sujet délicieux à traiter pour des plumes très fines et très sveltes) ; il y est question de la mauvaise encore davantage. Ils ont voulu être plus que des Tacites de

  1. Mémoires politiques et littéraires (Les Œuvres et les Hommes. XIVe vol.).