Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/332

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ne fut que dans les derniers temps, que la bâtardise émergea du fond de ses ténèbres et leva sa rebelle et insolente tête dans l’État. Ce fut à dater de Louis XII que cette horrible nouveauté commença de se produire. On peut donc dire que du temps de Saint-Simon elle était d’hier… Excepté Dunois, le glorieux bâtard d’Orléans, qui fut un héros et qui racheta et effaça sa tache de bâtardise par les services qu’il rendit à la France, mais dont la postérité (la maison de Longueville) a gardé jusqu’à la dernière heure dans l’État, qu’elle n’a pas cessé de troubler, le caractère essentiel et pervers attaché à toute bâtardise, il faut descendre jusqu’à Louis XII pour trouver cette monstruosité de bâtards légitimés que Louis XIV, dans son orgueil de Nabuchodonosor, rendit plus monstrueuse encore. Louis XII, qui n’eut qu’un enfant naturel avant d’être roi, l’enterra dans la prêtrise et l’ensevelit dans un archevêché. Chose qui n’étonnera pas la physiologie ! ce ribaud effréné de François Ier n’eut point de bâtards. Mais il eut trois sœurs naturelles qu’il maria richement, mais sans leur donner de rang dans l’État. Il avait encore de la pudeur de roi, ce libertin impudique ! Par ce côté, l’homme de race restait pur dans les souillures de l’homme individuel… Tandis que les autres rois qui suivirent, Henri II, Charles IX, Henri IV, plus coupable encore, et Louis XIV, le plus coupable de tous, mirent jusque dans le sanctuaire de l’État toutes les couvées de leurs bâtards, et c’est de