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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/331

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la protection de leurs parents, les lois n’ont pas fléchi en leur faveur… De là ces noms si communs dans les plus considérables illégitimes, le bâtard de Bourbon, le bâtard d’Orléans, le bâtard de Rubempré, et tant d’autres de princes, de seigneurs et de particuliers, appelés ainsi de leur temps, sans qu’ils eussent d’autres dénominations, par laquelle ils sont transmis jusqu’à nous dans les histoires. »

Tel est, pour le mâle et pratique esprit de Saint-Simon, le point de départ du Mémoire sur les légitimés. C’est de cette hauteur historique qu’il va tomber, comme la foudre, sur les prétentions des bâtards. Dans ce Mémoire contre eux, il a relevé et compté avec beaucoup de soin et de détail tous les bâtards des races royales qui ont successivement régné sur la France, et que la faiblesse de leurs générateurs a fait sortir de l’obscurité à laquelle les mœurs et les lois de ce pays, qui fut la monarchie française, condamnaient toutes les bâtardises, et on peut s’étonner du petit nombre de ces bâtards. Il y en eut sans doute ! mais on les ignore… L’huile du sacre qui faisait les rois ne les faisait pas nécessairement chastes. En coulant sur leur front, elle n’y mettait que le signe de la royauté, mais elle n’insinuait pas la vertu de la chasteté dans les cœurs. C’étaient des cœurs plus ou moins barbares. Avant et pendant le Moyen Age, les passions furent terribles… Mais les lois et les coutumes suffisaient à les endiguer et à les contenir, et ce ne fut que tard, ce