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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/327

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la Monarchie, tuée bien avant que la tête de Louis XVI tombât ! Jamais dans l’histoire rien de pareil ne s’était produit, il faut bien le dire. Certes ! oui ! on y avait vu de la fornication et de l’adultère. On y avait vu des bâtards. Mais ils y étaient restés frappés de leur barre de bâtardise. Ils y étaient restés des bâtards, et quelques-uns, qui se sont vengés de leur naissance par de la gloire, en ont gardé le nom. Mais, avant Louis XIV, on ne les y avait pas vus nés d’un double adultère et légitimés… ce qui était insensé et stupide, même dans les mots ; car légitimer est un mot qui n’a pas de sens ! L’homme ne peut légitimer rien ! Une chose est légitime ou elle ne l’est pas. On ne touche pas aux choses éternelles ! Or, oser et vouloir légitimer des bâtards, c’était la paternité qui se retournait contre elle-même. C’était la paternité souillée de la chair et du sang qui se retournait contre l’auguste paternité morale qui est la vertu de l’homme et la vie même des nations. C’était impie, — un crime de lèse-nation, de lèse-principe, de lèse-divinité, c’est-à-dire de lèse-paternité divine au premier chef ! Et pour qui sait réfléchir, jamais un crime plus grand n’avait été commis par un Roi plus grand, mais auquel la lâcheté des hommes avait trop appris que rien n’était impossible à la Royauté…

Eh bien, Saint-Simon, à son tour, est aussi grand que le crime de Louis XIV ! Il est monté jusqu’à ce crime pour le raconter, et ce qui fait la beauté