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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/322

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monarchie française avec cette sûreté et cette clarté de connaissances qui donnent à ces deux pièces de procédure, à ces deux Mémoires d’occasion, l’éternelle solidité de l’Histoire.

Il faudra désormais compter avec eux. Ils éclairent de la lumière simplificatrice du génie les parties obscures de l’Histoire de France, qui en a tant encore ! Ils éclairent même rétrospectivement ces incomparables Mémoires, dont la gloire de Saint-Simon est sortie, et ils vont ajouter aux rayons de cette gloire. Après les avoir lus, on comprendra mieux Saint-Simon. On aura mieux la compréhension de cette tête où tout se tenait dans une unité pleine de force. On aura de lui l’idée la plus complète qu’on puisse avoir d’un homme à qui on avait jusqu’ici refusé le génie politique. On verra, au contraire, combien il l’avait. On ne lui connaissait guères que des passions. On lui accordait, il est vrai, le génie du plus grand peintre d’histoire qu’ait eu la langue française, mais on avait toujours méconnu en lui le génie politique qu’il avait pourtant au même degré, mais qui, avec les vices et l’esprit de son temps, était resté et devait rester sans emploi. D’un autre côté, quoiqu’on ait rendu justice au peintre, au Titien historique qu’il fut, on a souvent trouvé dans les magnifiques peintures de ses Mémoires ce qu’on appelle vulgairement des « ombres au tableau ». Même les plus enchantés de Saint-Simon ont souri — quand ils n’ont pas bâillé — aux ques-