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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/313

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prenant la plume, il n’avait pas tenu sa vengeance ! C’est un autre homme que ce damné-là. C’est l’ambassadeur, la Toison d’or, le grand d’Espagne, l’homme apaisé, rasséréné, vidé de l’âcre bile qui mangeait son foie de Prométhée ! l’homme heureux enfin et vainqueur de la destinée, qui a mis la main sur son rêve et qui caresse sa chimère, qui maintenant n’est plus une chimère !… Seulement, soyez étonnés, soyez terrassés d’étonnement, ô vous qui savez ces Mémoires, que tout ce qui lit sait par cœur ! cette chimère, qui n’est plus une chimère et qui est caressée par Saint-Simon… c’est Dubois ! ! !

III

Oui ! c’est Dubois ! le prestolet Dubois ! mais devenu cardinal, mais premier ministre de France sous Monseigneur le Régent ! Dubois, qui n’est plus à son tour le Dubois des Mémoires, Dubois qui n’est plus le fils du Clistorel de Brive-la-Gaillarde, le laquais Dubois, le proxénète Dubois, l’ami intime de la Fillon et de la Gourdan, Dubois le chafouin et la fouine, Dubois le méprisé, le vilipendé, l’avili, le roulé dans la fange par le talon rouge de Saint-Simon, qui ne craignait pas de s’embourber dans une pareille crotte, le Dubois enfin dont le portrait faisait face à la chaise percée