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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/311

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qui ne pensaient même pas à regarder la beauté de ce qu’ils gardaient par un trou de serrure quelconque, attestèrent l’étrange amour que les gouvernements ont toujours eu pour les lettres en France ! Ce ne fut que sous Louis XVIII, qui se donnait l’air d’un lettré parce qu’il savait un peu de latin, qu’un Saint-Simon obtint, parce qu’il était Saint-Simon, l’autorisation de publier ces Mémoires, dont quelques fragments, arrachés à la surveillance de leurs eunuques, avaient été publiés déjà, plus mutilés, il est vrai, que la Vénus de Milo, mais dont les mutilations faisaient ardemment désirer la splendeur révélée de leur beauté intégrale. Malheureusement, impuissant de lettres comme de tout, Louis XVIII n’en désira pas voir davantage. Il s’arrêta à la faveur faite à un descendant de Saint-Simon. Le stock immense, dont Edouard Drumont a compulsé les pièces, resta en dehors des Mémoires, sous la garde jalouse des eunuques sans sultan qui les détenaient, par le fait d’un pouvoir, routinier et indifférent, qui les laissait faire, et non par une volonté de maître qui veut ce qu’il veut, et qui ordonne… Ces muets ineptes, qui ne gardaient leur trésor pour personne, pas même pour eux, n’avaient pas même l’égoïsme de leur ineptie. Lazzaroni de bibliothèques plus stupides que le bureau qui leur servait de borne pour y ronfler tout à leur aise ! Edouard Drumont les a nommés tous. Il a fait mieux. Il leur a cloué les oreilles sur la grande porte de son Introduction, et