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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/310

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effet, devait en inspirer une terrible à ce gouvernement de drôlesses. Ce formidable duc, aux mœurs sévères et aux éternelles écritures, qui avait passé toute sa vie à écrire, sans rien publier, contre Louis XIV et son siècle, et qui l’avait effrayé, lui ! de la transpiration d’une haine cachée sous les bassesses d’une ambition infatigable et infortunée à laquelle Louis XIV répondit toujours par l’écrasement de son dédain, ce formidable duc, à esprit et à physionomie diaboliques, devait inspirer une bien autre épouvante à cette femmelette de Louis XV qu’au grand roi… J’imagine que de certains mots, cruels et profonds, qui devaient parfois lui échapper, comme il en échappe aux hommes de génie, plus haut que leur temps, et qui se sont le plus voués au mépris reposant du silence, faisaient redouter davantage ces papiers qu’on ne connaissait pas, mais qu’on savait qu’il entassait toujours, et qui pouvaient être l’histoire de quelque Tacite, d’un Tacite doublé, triplé et accumulé par le temps… La peur a parfois de ces divinations ! Les manuscrits de Saint-Simon, enlevés par ordre, furent portés aux Archives, comme on porte en terre, et ils y restèrent comme on reste en terre. Les croquemorts étourdis qui les y avaient portés n’y pensèrent plus ! Louis XV mourut, la Révolution vint, l’empereur brilla et s’éteignit comme l’éclair du canon, et les manuscrits de Saint-Simon, ensevelis dans leurs cartons, et y restant gardés comme des odalisques par des eunuques