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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/287

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V

Serait-ce donc là la nature des choses, ou simplement celle de ce livre ? S’il n’y avait eu que lui en question, j’en aurais signalé les défauts et les indigences, et cela aurait été tout. Mais il est l’expression de tout un système de livres dont on peut craindre l’encombrement, et même le succès ! En effet, tel que le voilà, s’il est creux, il est grave ; et la gravité est une tartufferie de l’esprit qui réussit toujours, avec ce peuple d’Orgons intellectuels dont le monde est fait. Que dis-je ? il est bien mieux que grave : il est ennuyeux. Or, on sait avec quelle majesté s’impose l’ennui à ce singulier peuple français, qui ne le pardonnait pas autrefois et qui passait, dans sa légèreté séculaire, pour vouloir, avant tout, s’amuser ! Ce n’est pas moi qui ai remarqué le premier le succès infaillible des choses ennuyeuses parmi nous. Pensez, par exemple, au succès toujours subsistant, toujours verdissant, toujours florissant, des séances de l’Académie, et à celui de la Revue des Deux Mondes. Pensez à la gloire des œuvres de Gœthe, et encore à la vieille fortune des doctrinaires, dont les livres étaient assu-